BFM - Le pendule de Foucault / Issy-lès-Moulineaux (light)



Issy-lès-Moulineaux (light)
At 7:57 pm +0100 22/12/09, laurent guyot wrote:
Hello Roland,
L'édition spéciale est déjà bouclée (je devais rendre le matériel de
tournage), mais mes remerciements, man amitié et mes voeux ( il paraît que
c'est la période) te sont adressés comme une dépêche d'agence.
Titre : MERCI ROLAND !
Subtitle : Grâce à sa présence, avec ses mots et ceux de ses amis (je pense
à Agnes Varda), Roland Moreno m'a permis de filmer des images qui je
l'espèrent figureront dans le documentaire de la collection "Empreintes" que
je souhaite lui consacrer.
Les faits : Un décor d'objets fous en parfait accord avec le personnage, une
"garde rapprochée" dévouée, douce et d'une efficacité confondante (je pense
à Marie-Fatima), des vins aussi délicieux qu'une fraise cueillie et dégustée
dans un fossé.
J'arrête? ce n'est pas  à toi que je vais faire l'article.
Le titre se suffit : MERCI ROLAND !
Cette très belle soirée me confirme - s'il en était besoin - que d'autres
images filmées, d'autres histoires de ton cru et d'autres objets sont à
venir.
A plus?
Laurent


http://www.radiobfm.com/edito/info/53283/roland-moreno-la-carte-sim-est-le-plus-gros-secteur-applicatif-de-la-carte-a-puce-/


[BFM eco - Le Grand Journal]
Roland Moreno : « La carte SIM est le plus gros secteur applicatif de la carte à puce »
La rédaction - Le Grand Journal - Fabrice Lundy - bfm, le 22/12/2009
        
L'inventeur de la carte à puce revient sur sa célèbre création et constate qu'aujourd'hui les innovations sont davantage logicielles que matérielles.




Fabrice Lundy : On vous présente souvent comme le plus grand inventeur français du XXe siècle...
Roland Moreno : ça vaut mieux que celui du XXIe siècle.

Il y a encore un peu de chemin à parcourir pour le XXIe... Vous êtes l'inventeur de la carte mémoire à puce, l'une des inventions qui a peut-être le plus transformée nos vies ces dernières années. Finalement, il y a de moins en moins de gens qui se souviennent ou qui ont vécu le monde avant la carte à puce. Aujourd'hui, on n'a plus conscience de l'ampleur qu'a été cette révolution...
Absolument, moi je le vis tous les jours. Par exemple, on ne mentionne plus que c'est une invention, on dit « votre carte », et c'est tout, alors que j'ai connu une longue époque où l'on disait « l'invention française », on la situait comme une espèce de nouveauté, maintenant plus du tout. C'est comme les cerises, les cerises poussent dans les cerisiers, la carte à puce pousse chez Gemalto, on ne s'interroge plus sur l'origine.

C'est l'un des plus bel hommage que l'on peut vous rendre ?
Bien sûr, je le prends bien. J'ai trois critères : l'utilité, la pérennité et le succès. Ces trois trucs : la carte bancaire, la carte vitale et la carte SIM sont utiles.

Le monde se réinvente, se reconstruit... la problématique de recherche et d'innovation est plus que jamais présente aujourd'hui, avec effectivement un accent politique. Question très ouverte, comment est-ce qu'on invente aujourd'hui ?
Le monde dans lequel on vit est un monde d'inventions logicielles. Tout ce qui nous encercle, c'est du soft. Un iPhone, c'est du soft, Facebook, c'est du soft. Ce n'est plus que du soft. Est-ce qu'on invente encore des choses matérielles, il y en a vraiment peu.

Il y a une vraie différence entre inventer un matériel et inventer du soft ?
Oui. Inventer du hard, c'est se confronter à la matière, aux résistances de la matière, à ses effets. Le soft, c'est par nature plastique, c'est indéfini, ce sont des lignes de code, on a l'habitude de lire des millions de lignes de code qui font quelque chose d'extrêmement précis, ce n'est pas du tout du vent, je ne suis pas en train de baver sur le logiciel, ça fait quelque chose d'extraordinairement précis.
L'exemple que je prends, parce que c'est ce qui me fascine dans la vie, c'est tout simplement le moteur de recherche Google. Je suis à longueur de journée sur mon écran, à tout instant. Cette instantanéité est bien la preuve du succès de Google. Je ne dis pas que les autres moteurs de recherches sont mauvais, mais ça simplifie le paysage de n'en considérer qu'un seul. Le fait que la réponse soit instantanée, quelle que soit la question que vous posez... J'employais dans un e-mail le mot « idiopathique » et, comme souvent, quand j'emploie un mot un peu rare, je fais une copie d'écran de la définition. Tout ça est instantané. Cette instantanéité a une signification, je crois, certaine, c'est la certitude. Le fait que ça vienne instantanément montre que c'est vrai. Ça mettrait du temps, peut-être qu'il y aurait recherche.

Il y aurait un soupçon ?
Il y aurait un soupçon, alors que, là, et c'est une des choses que je trouve merveilleuse avec Google. Je connais d'autres moteurs de recherche, comme Exalead, excellent moteur français, mais qui met un petit temps, une seconde ou deux, ça me gêne toujours un peu par rapport à Google, qui fait ça du tac au tac.

Pour revenir au processus d'innovation, vous nous dites que la révolution dans l'innovation passe aujourd'hui par le soft. Pourtant, on voit bien qu'il y a toute une industrie qui a besoin de se réinventer. Le processus d'invention, d'innovation, aujourd'hui, passe par quoi ? Il passe par la recherche fondamentale ? Les laboratoires ? L'université ? Le financement public ? Est-ce qu'il peut se faire aussi dans l'entreprise ?
J'ai inventé un truc...
Vous n'avez pas inventé que ça, il y a un truc qui a marché massivement...
J'ai fait le compte l'autre jour...

Cette carte à puce sort bien aussi d'un processus d'invention ?
Non, chacun sait que j'ai eu l'idée en fumant un joint, ce n'est pas un processus...

Oui, mais ça se faisait dans des groupes collaboratifs, il y avait une émulation, il y avait quelque chose, on créait peut-être les conditions d'invention, non ?
Oui, enfin les conditions d'invention, je peux être un peu plus constructif en disant que pour moi ça consistait à cultiver la naïveté, c'est-à-dire à me faire croire que j'étais capable de trouver quelque chose d'intelligent, d'utile. Ce qui est un gros malentendu, et il y a toujours des tas de sceptiques pour dire que ça existe déjà, que ce n'est pas faisable, etc.
L'anecdote est un peu connue, j'étais dans un groupe de créativité qui durait trois jours et où l'on cherchait des accessoires pour cuisine, et où j'ai été de loin le meilleur. J'ai trouvé plein d'idées et j'ai cru que j'étais fait pour ça. C'est comme ça que j'ai quitté mon travail dans la presse, j'étais alors journaliste, j'ai quitté Chimie Actualité, j'ai fondé ma société en 1973, j'ai eu l'idée de la carte à puce en 1974.
Cette idée a elle aussi été le fruit d'un ensemble de malentendus, à savoir que jamais cette idée n'aurait eu le succès qu'elle a eu si je n'avais pas eu rendez-vous le lendemain avec un banquier assez important qui s'est excité quand j'ai eu la bêtise de lui en parler. J'avais eu l'idée la veille. Je lui ai racontée, il s'est excité, il a grimpé aux rideaux, il a appelé ses collaborateurs et il a voulu voir un prototype tout de suite. Ce sont ces dix minutes là qui ont lancé le truc. S'il n'y avait pas eu ces dix minutes, je serais retourné à mes activités et je serais passé à une autre idée.

Dix minutes cruciales qui ont changé notre vie à tous...
Absolument. Quand je repense à ce directeur développement du CIC, polytechnicien, la trentaine, tout ce qu'il faut pour réussir, j'imagine qu'il a dû se faire virer pour avoir cru seize ans à l'avance qu'un truc était bien. Il s'est trompé de saison.

Ça montre bien la nécessité d'associer la démarche inventive, créative, à celle du financier, de l'industriel. Parce qu'il y a toute la problématique de la mise en ¦uvre industrielle de cette carte à puce, est-ce que fut la chose la plus difficile à faire ?
Oui, mais je ne m'en rendais pas compte. Pour moi, elle était facile et c'est une des qualités que je lui trouvai, c'est que ce n'était pas une invention complexe... Il y a quelque chose qui me fascine, c'est l'aéronautique. Je lisais l'autre jour que le nouveau Dreamliner est assemblé et fabriqué dans 24 pays en matériau composites et les pièces ne vont pas.
On parlait donc de l'industrialisation, qui a permis la diffusion massive de cette carte à puce dans plein de secteurs. Ça a commencé par les télécoms, la téléphonie ?
Il n'y a pas eu plein de secteurs.

Télécoms, transports ... ?
Il y a eu six applications : la carte de téléphone, la carte bancaire, la carte sésame Vitale, la carte un peu marginale de décodage de télévision. Je ne mentionne pas la carte de stationnement, parce que c'est une variante de la carte téléphone. Enfin, il y a eu la carte SIM, celle qui identifie tous les téléphones portables et qui tractent à elle toute seule les trois quart de l'industrie.
C'est le plus gros secteur aujourd'hui ?
Le plus gros secteur de l'industrie de la carte à puce.
Ça veut dire qu'aujourd'hui on a fait le tour des secteurs applicatifs ?
Je crois que oui.

Vous n'en voyez pas d'autres ?
Non, je n'en vois pas d'autres, ça fait cinq ou six, et souvent les gens sont déçus parce qu'on compare à Windows, qui a des milliers ou des millions d'applications, mais ici ce n'est pas du tout le cas, c'est cinq ou six, parce que ça tourne autour de l'identification ou du paiement, souvent l'un et l'autre. Quand on paie, on s'identifie pour payer. La carte Vitale ne vous identifie pas tant qu'on le dit.

On parle beaucoup du passeport numérique, d'identification numérique ?
Oui, mais ce ne sont plus des fonctions de la carte, ce sont des fonctions de l'informatique, c'est-à-dire que ça marcherait tout pareil avec une carte qui ne serait pas à puce.

Et on revient au soft ?
On reviendrait au soft et ça marcherait tout pareil, ou ça ne marcherait pas. Je suis très sceptique, très réservé sur ces fonctions, je pense à la biométrie en particulier, je pense que ça marche mal, que c'est terriblement complexe, que c'est limite par rapport aux libertés individuelles et à la vie privée.
En même temps, c'est le summum de ce que l'on sait faire en informatique, c'est de la reconnaissance de formes : reconnaître l'empreinte digitale et trouver qu'elle ressemble à une autre. Je ne m'éternise pas dessus parce que je peux être intarissable. Enfin, ce n'est qu'un domaine, mais si on prend la carte Navigo par exemple, ce n'est pas une application spécifique.

C'est un prolongement de l'application initiale ?
Paiement.

Une question en suspens sur cette carte à puce, pourquoi les Américains n'y ont jamais massivement adhéré?
Nous nous sommes posé la question.

Est-ce que vous avez eu un éclaircissement ?
Non, mais avec le recul, je dis à peu près ceci, primo, ils ont 14500 banques quand nous en avons 104.

Ils en ont de moins en moins...
C'est quand même beaucoup. Il faut fédérer tout ça, pour avoir le même terminal. Avec 100 banques, si ce n'est beaucoup moins en France, plutôt 10, c'est beaucoup plus facile. Ensuite, la carte n'a pas été inventée chez eux et ça compte, mais en France, je ne vois pas pourquoi ils s'embêteraient avec un truc fait chez les « zoulous ». Ça aurait été inventé par Steve Jobs ou par Bill Gates, je pense que la situation aurait été différente.

C'était un standard mondial immédiat ?
C'était sans doute un standard mondial immédiat. J'ai une admiration infinie pour Steve Jobs, je n'en ai aucune pour Bill Gates...
Vous avez vos inventeurs, vos bons et vos mauvais ?
Bill Gates n'est pas un inventeur, c'est un homme d'affaires, c'est tout. Alors que Steve Jobs, c'est Dieu descendu sur Terre, c'est fantastique. Il a fait la musique, le cinéma, la téléphonie, sans lâcher l'informatique, où il continue à être le leader, parce qu'en fait le symbole de l'ordinateur, c'est MacIntosh. Un PC, ce n'est pas un ordinateur, on ne voit jamais ça comme tel, quand on veut symboliser un ordinateur, c'est un Mac que l'on montre, c'est la machine de luxe.

C'est un génie marketing ?
Il a eu le luxe de faire des machines de luxe.

Génie marketing ou véritable génie industriel ?
Je dis génie industriel, parce qu'il n'y a pas de miracle à ce que l'iPod ait fait ce succès, que l'iPhone se soit imposé comme le numéro un mondial en quelques mois. C'est absolument extraordinaire. Je suis beaucoup plus réservé sur Pixar et sur le cinéma parce que je n'y connais rien. Je sais qu'il a fortement laissé sa trace là aussi, ça en fait un personnage absolument hors du commun.

Vous gagnez encore de l'argent avec la carte à puce ? Tous les brevets sont-ils expirés ?
Les brevets d'origine, c'est-à-dire ceux qui portaient sur le concept, disons que le code confidentiel sont dans le domaine public depuis belle lurette, depuis 1995, mais il reste en revanche la carte sans contact, la carte Navigo par exemple, et c'est ce que nous faisons encore, et nous avons 150 licenciés qui font des cartes sans contact, avec bien sûr les fonctions du sans-contact, qui sont si commodes, quand on présente son sac à main à la borne par exemple, la carte est reconnue, et c'est vraiment bien. Il y a aussi les fonctions de luxe comme téléphoner avec son portable à la caisse enregistreuse et ça paie.


N'est-ce pas André Santini qui, à la fois, décore Roland Moreno comme officier dans l'ordre de la Légion d'honneur, et qui installe dans sa ville, à Issy-lès-Moulineaux un nouveau Piaf pour payer son parcmètre, à carte à puce ?

Si.






Sur l'une des photos prises par Maryse, Agnès Varda au premier plan, entre le pendule de Foucault et l'avion de Louis Blériot :

Varda, Santini, Moreno

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