BFM - Le pendule de Foucault / Issy-lès-Moulineaux (light)
- Date: Wed, 23 Dec 2009 05:52:15 +0100
Issy-lès-Moulineaux (light)
At 7:57 pm +0100 22/12/09, laurent guyot wrote:
Hello Roland,
L'édition spéciale est déjà bouclée (je devais rendre le
matériel de
tournage), mais mes remerciements, man amitié et mes voeux ( il
paraît que
c'est la période) te sont adressés
comme une dépêche d'agence.
Titre : MERCI ROLAND !
Subtitle : Grâce à sa présence, avec ses mots et ceux de ses
amis (je pense
à Agnes Varda), Roland Moreno m'a permis de filmer des images qui
je
l'espèrent figureront dans le documentaire de la collection
"Empreintes" que
je souhaite lui consacrer.
Les faits : Un décor d'objets fous en parfait accord avec le
personnage, une
"garde rapprochée" dévouée, douce et d'une efficacité
confondante (je pense
à Marie-Fatima), des vins aussi délicieux qu'une fraise cueillie
et dégustée
dans un fossé.
J'arrête? ce n'est pas à toi que je vais faire
l'article.
Le titre se suffit : MERCI ROLAND !
Cette très belle soirée me confirme - s'il en était besoin - que
d'autres
images filmées, d'autres histoires de ton cru et d'autres objets
sont à
venir.
A plus?
Laurent
[BFM
eco - Le Grand Journal]
Roland
Moreno : « La carte SIM est le plus gros secteur
applicatif de la carte à puce »
La rédaction - Le Grand
Journal - Fabrice Lundy - bfm, le 22/12/2009
L'inventeur
de la carte à puce revient sur sa célèbre création et constate
qu'aujourd'hui les innovations sont davantage logicielles que
matérielles.
Fabrice
Lundy : On vous présente souvent comme le plus grand inventeur
français du XXe siècle...
Roland Moreno : ça vaut mieux
que celui du XXIe siècle.
Il y a encore un peu de chemin à
parcourir pour le XXIe... Vous êtes l'inventeur de la carte
mémoire à puce, l'une des inventions qui a peut-être le plus
transformée nos vies ces dernières années. Finalement, il y a de
moins en moins de gens qui se souviennent ou qui ont vécu le monde
avant la carte à puce. Aujourd'hui, on n'a plus conscience de
l'ampleur qu'a été cette révolution...
Absolument, moi je le vis tous les jours. Par exemple, on ne mentionne
plus que c'est une invention, on dit « votre carte », et c'est
tout, alors que j'ai connu une longue époque où l'on disait «
l'invention française », on la situait comme une espèce de
nouveauté, maintenant plus du tout. C'est comme les cerises, les
cerises poussent dans les cerisiers, la carte à puce pousse chez
Gemalto, on ne s'interroge plus sur l'origine.
C'est l'un des plus bel hommage que
l'on peut vous rendre ?
Bien sûr, je le prends bien. J'ai trois critères :
l'utilité, la pérennité et le succès. Ces trois trucs : la
carte bancaire, la carte vitale et la carte SIM sont utiles.
Le monde se réinvente, se
reconstruit... la problématique de recherche et d'innovation est
plus que jamais présente aujourd'hui, avec effectivement un accent
politique. Question très ouverte, comment est-ce qu'on invente
aujourd'hui ?
Le monde dans lequel on vit est un monde d'inventions logicielles.
Tout ce qui nous encercle, c'est du soft. Un iPhone, c'est du soft,
Facebook, c'est du soft. Ce n'est plus que du soft. Est-ce qu'on
invente encore des choses matérielles, il y en a vraiment peu.
Il y a une vraie différence entre
inventer un matériel et inventer du soft ?
Oui. Inventer du hard, c'est se confronter à la matière, aux
résistances de la matière, à ses effets. Le soft, c'est par nature
plastique, c'est indéfini, ce sont des lignes de code, on a
l'habitude de lire des millions de lignes de code qui font quelque
chose d'extrêmement précis, ce n'est pas du tout du vent, je ne
suis pas en train de baver sur le logiciel, ça fait quelque chose
d'extraordinairement précis.
L'exemple que je prends, parce que c'est ce qui me fascine dans
la vie, c'est tout simplement le moteur de recherche Google. Je suis à
longueur de journée sur mon écran, à tout instant. Cette
instantanéité est bien la preuve du succès de Google. Je ne dis
pas que les autres moteurs de recherches sont mauvais, mais ça
simplifie le paysage de n'en considérer qu'un seul. Le fait que la
réponse soit instantanée, quelle que soit la question que vous
posez... J'employais dans un e-mail le mot « idiopathique » et,
comme souvent, quand j'emploie un mot un peu rare, je fais une copie
d'écran de la définition. Tout ça est instantané. Cette
instantanéité a une signification, je crois, certaine, c'est la
certitude. Le fait que ça vienne instantanément montre que c'est
vrai. Ça mettrait du temps, peut-être qu'il y aurait
recherche.
Il y aurait
un soupçon ?
Il y aurait un soupçon, alors que, là, et c'est une des choses que
je trouve merveilleuse avec Google. Je connais d'autres moteurs de
recherche, comme Exalead, excellent moteur français, mais qui met un
petit temps, une seconde ou deux, ça me gêne toujours un peu par
rapport à Google, qui fait ça du tac au tac.
Pour revenir au processus
d'innovation, vous nous dites que la révolution dans l'innovation
passe aujourd'hui par le soft. Pourtant, on voit bien qu'il y a toute
une industrie qui a besoin de se réinventer. Le processus
d'invention, d'innovation, aujourd'hui, passe par quoi ? Il passe
par la recherche fondamentale ? Les laboratoires ?
L'université ? Le financement public ? Est-ce qu'il peut
se faire aussi dans l'entreprise ?
J'ai inventé un truc...
Vous n'avez pas inventé que ça, il y a
un truc qui a marché massivement...
J'ai fait le compte l'autre jour...
Cette carte à puce sort bien aussi
d'un processus d'invention ?
Non, chacun sait que j'ai eu l'idée en fumant un joint, ce n'est pas
un processus...
Oui, mais ça se faisait dans des
groupes collaboratifs, il y avait une émulation, il y avait quelque
chose, on créait peut-être les conditions d'invention,
non ?
Oui, enfin les conditions d'invention, je peux être un peu plus
constructif en disant que pour moi ça consistait à cultiver la
naïveté, c'est-à-dire à me faire croire que j'étais capable de
trouver quelque chose d'intelligent, d'utile. Ce qui est un gros
malentendu, et il y a toujours des tas de sceptiques pour dire que
ça existe déjà, que ce n'est pas faisable, etc.
L'anecdote est un peu connue, j'étais dans un groupe de
créativité qui durait trois jours et où l'on cherchait des
accessoires pour cuisine, et où j'ai été de loin le meilleur.
J'ai trouvé plein d'idées et j'ai cru que j'étais fait pour
ça. C'est comme ça que j'ai quitté mon travail dans la presse,
j'étais alors journaliste, j'ai quitté Chimie Actualité, j'ai
fondé ma société en 1973, j'ai eu l'idée de la carte à puce
en 1974.
Cette idée a elle aussi été le fruit d'un ensemble de
malentendus, à savoir que jamais cette idée n'aurait eu le
succès qu'elle a eu si je n'avais pas eu rendez-vous le lendemain avec
un banquier assez important qui s'est excité quand j'ai eu la
bêtise de lui en parler. J'avais eu l'idée la veille. Je lui ai
racontée, il s'est excité, il a grimpé aux rideaux, il a appelé
ses collaborateurs et il a voulu voir un prototype tout de suite. Ce
sont ces dix minutes là qui ont lancé le truc. S'il n'y avait pas
eu ces dix minutes, je serais retourné à mes activités et je
serais passé à une autre idée.
Dix minutes cruciales qui ont changé
notre vie à tous...
Absolument. Quand je repense à ce directeur développement du CIC,
polytechnicien, la trentaine, tout ce qu'il faut pour réussir,
j'imagine qu'il a dû se faire virer pour avoir cru seize ans à
l'avance qu'un truc était bien. Il s'est trompé de saison.
Ça montre bien la nécessité
d'associer la démarche inventive, créative, à celle du
financier, de l'industriel. Parce qu'il y a toute la problématique
de la mise en ¦uvre industrielle de cette carte à puce, est-ce que
fut la chose la plus difficile à faire ?
Oui, mais je ne m'en rendais pas compte. Pour moi, elle était facile
et c'est une des qualités que je lui trouvai, c'est que ce n'était
pas une invention complexe... Il y a quelque chose qui me fascine,
c'est l'aéronautique. Je lisais l'autre jour que le nouveau
Dreamliner est assemblé et fabriqué dans 24 pays en matériau
composites et les pièces ne vont pas.
On parlait donc de l'industrialisation, qui
a permis la diffusion massive de cette carte à puce dans plein de
secteurs. Ça a commencé par les télécoms, la
téléphonie ?
Il n'y a pas eu plein de secteurs.
Télécoms, transports
... ?
Il y a eu six applications : la carte de téléphone, la carte
bancaire, la carte sésame Vitale, la carte un peu marginale de
décodage de télévision. Je ne mentionne pas la carte de
stationnement, parce que c'est une variante de la carte téléphone.
Enfin, il y a eu la carte SIM, celle qui identifie tous les
téléphones portables et qui tractent à elle toute seule les trois
quart de l'industrie.
C'est le plus
gros secteur aujourd'hui ?
Le plus gros secteur de l'industrie de la carte à puce.
Ça veut dire qu'aujourd'hui on a fait le
tour des secteurs applicatifs ?
Je crois que oui.
Vous n'en voyez pas
d'autres ?
Non, je n'en vois pas d'autres, ça fait cinq ou six, et souvent les
gens sont déçus parce qu'on compare à Windows, qui a des
milliers ou des millions d'applications, mais ici ce n'est pas du tout
le cas, c'est cinq ou six, parce que ça tourne autour de
l'identification ou du paiement, souvent l'un et l'autre. Quand on
paie, on s'identifie pour payer. La carte Vitale ne vous identifie pas
tant qu'on le dit.
On parle beaucoup du passeport
numérique, d'identification numérique ?
Oui, mais ce ne sont plus des
fonctions de la carte, ce sont des fonctions de l'informatique,
c'est-à-dire que ça marcherait tout pareil avec une carte qui ne
serait pas à puce.
Et on revient au
soft ?
On reviendrait au soft et ça marcherait tout pareil, ou ça ne
marcherait pas. Je suis très sceptique, très réservé sur ces
fonctions, je pense à la biométrie en particulier, je pense que
ça marche mal, que c'est terriblement complexe, que c'est limite par
rapport aux libertés individuelles et à la vie privée.
En même temps, c'est le summum de ce que l'on sait faire en
informatique, c'est de la reconnaissance de formes :
reconnaître l'empreinte digitale et trouver qu'elle ressemble à une
autre. Je ne m'éternise pas dessus parce que je peux être
intarissable. Enfin, ce n'est qu'un domaine, mais si on prend la carte
Navigo par exemple, ce n'est pas une application spécifique.
C'est un prolongement de
l'application initiale ?
Paiement.
Une question en suspens sur cette
carte à puce, pourquoi les Américains n'y ont jamais massivement
adhéré?
Nous nous sommes posé la question.
Est-ce que vous avez eu un
éclaircissement ?
Non, mais avec le recul, je dis à peu près ceci, primo, ils ont
14500 banques quand nous en avons 104.
Ils en ont de moins en
moins...
C'est quand même beaucoup. Il faut fédérer tout ça, pour avoir
le même terminal. Avec 100 banques, si ce n'est beaucoup moins en
France, plutôt 10, c'est beaucoup plus facile. Ensuite, la carte n'a
pas été inventée chez eux et ça compte, mais en France, je ne
vois pas pourquoi ils s'embêteraient avec un truc fait chez les «
zoulous ». Ça aurait été inventé par Steve Jobs ou par Bill
Gates, je pense que la situation aurait été différente.
C'était un standard mondial
immédiat ?
C'était sans doute un standard mondial immédiat. J'ai une
admiration infinie pour Steve Jobs, je n'en ai aucune pour Bill
Gates...
Vous avez vos inventeurs, vos bons et vos mauvais ?
Bill Gates n'est pas un inventeur, c'est un homme d'affaires, c'est
tout. Alors que Steve Jobs, c'est Dieu descendu sur Terre, c'est
fantastique. Il a fait la musique, le cinéma, la téléphonie,
sans lâcher l'informatique, où il continue à être le leader,
parce qu'en fait le symbole de l'ordinateur, c'est MacIntosh. Un PC,
ce n'est pas un ordinateur, on ne voit jamais ça comme tel, quand on
veut symboliser un ordinateur, c'est un Mac que l'on montre, c'est la
machine de luxe.
C'est un génie
marketing ?
Il a eu le luxe de faire des machines de luxe.
Génie marketing ou véritable
génie industriel ?
Je dis génie industriel, parce qu'il n'y a pas de miracle à ce que
l'iPod ait fait ce succès, que l'iPhone se soit imposé comme le
numéro un mondial en quelques mois. C'est absolument extraordinaire.
Je suis beaucoup plus réservé sur Pixar et sur le cinéma parce
que je n'y connais rien. Je sais qu'il a fortement laissé sa trace
là aussi, ça en fait un personnage absolument hors du commun.
Vous gagnez encore de l'argent avec
la carte à puce ? Tous les brevets sont-ils
expirés ?
Les brevets d'origine,
c'est-à-dire ceux qui portaient sur le concept, disons que le code
confidentiel sont dans le domaine public depuis belle lurette, depuis
1995, mais il reste en revanche la carte sans contact, la carte Navigo
par exemple, et c'est ce que nous faisons encore, et nous avons 150
licenciés qui font des cartes sans contact, avec bien sûr les
fonctions du sans-contact, qui sont si commodes, quand on présente
son sac à main à la borne par exemple, la carte est reconnue, et
c'est vraiment bien. Il y a aussi les fonctions de luxe comme
téléphoner avec son portable à la caisse enregistreuse et ça
paie.
N'est-ce pas André
Santini qui, à la fois, décore Roland Moreno comme officier dans
l'ordre de la Légion d'honneur, et qui installe dans sa
ville, à Issy-lès-Moulineaux un nouveau Piaf pour payer son
parcmètre, à carte à puce ?
Si.

Sur l'une des
photos prises par Maryse, Agnès Varda au premier plan, entre le
pendule de Foucault et l'avion de Louis Blériot :
Varda, Santini, Moreno
interesting pictures
(a lot) e.g. 2007 + all necessary
information (2720) :
http://www.deliro.net
interesting broadcast
(one) :
http://www.radiodeliro.net
interesting musics
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http://www.rolandmoreno.com