Du coté des (presque) sans-abri



Title: Du coté des (presque) sans-abri
VIVRE au camping parce qu'on est
pauvre, ou pour toute autre raison, ne
procure aucun droit. Tout au contraire.
Les caisses d'allocations familiales
(CAF) refusent, par exemple, d'accorder
des aides au logement aux usagers
du caravaning à l'année. Pure question
administrative : pour bénéficier de ce
type d'allocation, il faut non seulement
être locataire de son logement mais
aussi que celui-ci soit immobile - et
même « immobilisé ». Ce qui n'est évidemment
pas le cas de la grande majorité
des caravanes et des mobile
homes.
Comme le déplore Joe Sacco, président
de l'association Habitants de logements
éphémères ou mobiles (Halem),
« payer 200 à 300 euros de loyer dans
un camping revient donc plus cher que
de payer la même somme pour une habitation
en dur, étant donné qu'on n'a pas
droit aux allocations logement »
.
Oter les roues et la barre de traction de
sa résidence mobile est une solution
assez tentante. Dans certains cas, les
CAF octroient des aides à des familles
dont les caravanes ou les mobile
homes sont devenus « fixes ». Mais un
autre problème se pose : si une caravane
ou un mobile home perd ses moyens
de mobilité, ils deviennent automatiquement
une « habitation légère de loisir
» (HLL), de type chalet, ce qui les
place dans une autre réglementation.  On l'aurait parié.
Les HLL sont en effet soumises à des
« quotas » - elles ne peuvent pas être
plus de 35 par terrain de loisirs (ou
20 % des emplacements maximum).
Une telle « transformation » ne peut
pas se faire, en tout cas, à l'insu du propriétaire
du site.
Ce n'est pas le seul casse-tête. Parce
que l'administration ne reconnaît pas
toujours leur domiciliation, certains
locataires, notamment les plus démunis,
préfèrent donner une deuxième
adresse - chez des parents ou des amis
- pour être sûr de continuer à toucher
le RMI, par exemple. Voire pour chercher
du travail.

Leur situation n'est en fait avantageuse
que sur le plan fiscal puisque la
clientèle des campings n'est pas soumise
aux impôts locaux. Mais cette faveur
est menacée par la future taxe d'habitation
sur les résidences mobiles, actuellement
débattue au Parlement. Destiné
aux gens du voyage, ce nouvel impôt
- initialement fixé à 75 euros par m2
dans un amendement du député Jérôme
Chartier (UMP) - pourrait également
concerner les résidants permanents
des campings, à l'exception de
ceux qui ne sont pas assujettis à l'impôt
sur le revenu.
Habiter dans une caravane ou dans un
mobile home suppose, enfin, d'accepter
un certain nombre de règles, variables
d'un site à l'autre car soumises à
l'arbitraire de gérants de camping qui
font la pluie et le beau temps chez eux.
Ils ont toute latitude pour mettre à la
porte les mauvais payeurs, voire ceux
qui n'entretiennent pas leur parcelle
avec suffisamment de soin. Certains
propriétaires flirtent également avec
ce qui est autorisé, et ne s'en cachent
pas. A Villers-Saint-Paul (Oise), tout
près de Creil, Claude Bichut explique
qu'il demande des « feuilles de paye »
aux nouveaux arrivants, alors
qu'aucun bail n'est établi. « A ceux qui
sont en CDD ou en intérim, on fait comprendre
qu'ils n'arriveront pas à
payer », poursuit-il. [...]
21/12/05


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